(RE)VISION : LES NOUVELLES TECHNOLOGIES D’AUJOURD’HUI, QUI FONT L’AGRICULTURE DE DEMAIN

L’agriculture d’aujourd’hui est confrontée à de nombreuses problématiques : changements climatiques, perte de biodiversité, épuisement des sols… autant de paramètres que les agriculteurs doivent prendre en compte. Il leur est donc nécessaire de s’adapter et d’élaborer de nouvelles stratégies, en adoptant de nouvelles pratiques d’agriculture, en ayant recourt à des cultures plus polyvalentes ou, encore, en mixant agriculture traditionnelle et nouvelles technologies.

Zoom sur… des technologies et pratiques agricoles qui permettent de créer une agriculture plus respectueuse des sols et du vivant, pour se diriger, à terme, vers une agriculture performante et durable.

Des capteurs pour mesurer, analyser et améliorer les pratiques agricoles

 
Ces dernières années, les agriculteurs aspirent à une meilleure compréhension de leurs parcelles agricoles et à une adaptation de leurs techniques de culture. Deux types d’agriculture se démarquent alors : l’agriculture biologique qui se passe totalement d’intrants chimiques, et l’agroécologie qui s’appuie sur les bénéfices des écosystèmes présents dans le but de diminuer les pressions sur l’environnement. Face aux changements climatiques, les agriculteurs doivent davantage écouter leurs parcelles et l’observation est le maître-mot pour parer à toute éventualité ou tout changement brusque que ce soit climatique, environnemental ou, encore, physiologique.
 
Cette fine observation est désormais capitale dans l’agriculture d’aujourd’hui et nécessite alors d’être en alerte en toutes saisons et de manière exhaustive. L’agriculteur doit observer son sol pour comprendre comment il vit, réagit, se comporte, pour l’enrichir si besoin. Il est également nécessaire pour lui, lors de tout changement climatique, d’observer ses plants, les ravageurs… afin d’administrer le traitement adéquat en cas de maladie. Cette compréhension résulte donc d’une multitude d’observations sur l’année, par plant et par hectare.

Le numérique s’impose alors comme l’outil idéal pour faire tous ces relevés essentiels au maintien de parcelles agricoles saines. De nombreux capteurs sont proposés, qui aident, améliorent et optimisent la santé des cultures :
  • LIMACAPT (Médaille de Bronze - SIMA Innovation Awards 2019). Ce capteur autonome connecté recense automatiquement les limaces sur une zone déterminée. Équipé d’une caméra et d’un éclairage infrarouge, le LIMACAPT collecte les images durant la nuit, période d’activité des limaces et permet aux agriculteurs d’être alerté en temps réel sur son smartphone, de la pression des limaces sur les parcelles et de lutter efficacement contre elles. Ainsi, il surveille les attaques de mollusques en période de risques pour toutes les cultures (colza, blé, maïs, maraîchage…).
  • Live NBalance (Airbus Defence and Space et John Deere, Médaille d’Argent - SIMA Innovation Awards 2019).  Ce système détecte précocement les éventuelles anomalies culturales et fait, à la fin, une balance précise entre apports d’azote et consommation par la culture. Ainsi, il permet de suivre de façon très précise et à tout moment la quantité d’azote disponible au niveau de la plante et permet d’ajuster la dose des prochains épandages d’azote et d’économiser de l’engrais.
  • Field Sensor (Bosch en partenariat avec la start-up Hiphen, Médaille d’Argent - SIMA Innovation Awards 2019). Ce dispositif regroupe plusieurs capteurs de terrain afin de renseigner l’agriculteur sur la culture en place. Elle comprend une station météo permettant des relevés de températures, ensoleillement, humidité, vitesse du vent… Une caméra multi-spectrale capable de mesurer la teneur en azote de la culture, d’analyser l’indice de végétation, et une sonde placée dans le sol, qui envoie des informations sur l’hygrométrie.Toutes ces informations sont traitées par des algorithmes afin de proposer à l’agriculteur sur son smartphone, des conseils journaliers comme le pilotage de l’irrigation, les besoins en azote ou encore une mise à jour quotidienne de la prédiction de maladies pour déclencher des traitements.
 
Des technologies pour une agriculture durable
 
Le biocontrôle peut être une solution alternative à l’utilisation de produits phytosanitaires. Il s’agit d’un ensemble de méthodes de protection des végétaux basé sur l’utilisation de mécanismes naturels. Ces mécanismes régissent les relations et interactions entre variétés et espèces dans le milieu naturel. Ce principe repose également sur la gestion et l’équilibre des agresseurs plutôt que sur leur éradication. Les produits de biocontrôle utilisent des mécanismes naturels et comprennent des macro-organismes et les produits phytopharmaceutiques (composés de micro-organismes, de médiateurs chimiques tels que les phéromones et les kairomones, ou de substances naturelles d’origine végétale, animale ou minérale).
 
L’agriculture biologique n’utilisant pas de produits chimiques est davantage intéressée par la mécanique et notamment par des robots agricoles et des outils électriques (Naïo Technologies) qui aident les exploitants agricoles à désherber, biner et récolter. Ces robots sont conçus pour assister les agriculteurs dans leurs tâches quotidiennes afin d’alléger la charge de travail et d’optimiser la rentabilité des exploitations tout en limitant l’impact environnemental.

Le matériel électrique est largement utilisé pour cette nouvelle agriculture. Il permet de se passer des carburants fossiles comme le diesel. Par ailleurs, les panneaux photovoltaïques, le méthane ou l’éolien sont autant de solutions qui donnent la possibilité à l’agriculteur d’être autonome et de produire sa propre électricité. 
  • WeedControl, (Case IH, Médaille de Bronze - SIMA Innovation Awards 2019). Ce système est un herbicide électrique connecté, et une alternative à l’utilisation d’herbicides chimiques. Il utilise de l’électricité à haute fréquence et à haute tension afin d’éliminer les plantes indésirables depuis les feuilles jusqu’aux racines. 
  • Anatis (Carré). Ce robot agricole connecté assiste l’agriculteur dans son quotidien, en réalisant en totale autonomie l’entretien des cultures par binage et en fournissant une aide à la décision dans le suivi des cultures par acquisition et traitement d’indicateurs clés. Il désherbe mécaniquement le sol pour permettre une meilleure infiltration de l’eau et une optimisation des intrants. À la fin de son passage, il émet un rapport de parcelle synthétisant un ensemble de données pour permettre à l’agriculteur une meilleure anticipation et gestion dans son quotidien : densité et stade de la culture, luminosité, hygrométrie, température du sol et de l’air.
 
Mieux connaître ses cultures grâce à l’innovation
 
Face à l’appauvrissement des sols, de nombreux agriculteurs se tournent vers de nouvelles alternatives pour une meilleure utilisation de produits phytosanitaires. Chaque parcelle ayant ses propres spécificités, l’agriculteur doit faire ses propres expérimentations. Ainsi, pour une connaissance parfaite de ses terres, il peut faire appel à des outils numériques d’aide à la décision qui permettent de conseiller et d’intervenir tôt, pour pouvoir jauger sur la quantité de produits à utiliser. De nombreuses technologies sont disponibles, permettant d’étudier les justes doses de traitement, pour un résultat optimal sur les parcelles :
  • Decitrait®, (IFV, Médaille de Bronze - Sitevi Innovation Awards 2019) propose au viticulteur une stratégie de protection phytosanitaire personnalisée basée sur les données et connaissances expertes disponibles complétées en temps réel par des données de capteurs météo. Grâce à son interopérabilité avec les systèmes externes, cet outil d’aide à la décision indique la date du prochain traitement avec des doses réduites de 30 à 50 % tout en sécurisant la récolte.
  • Precifield se consacre à une agriculture de précision. Elle propose des solutions de cartographie et de modulation intra parcellaire adaptées à tous les systèmes, quels que soient les types de sols et les cultures. Des scanners tractés numérisent la variabilité des sols (conductivité, topographie…), pour moduler localement les interventions et générer ainsi des économies en eau et en produits phytosanitaires.

Le partage des connaissances entre agriculteurs pour mieux anticiper les aléas ravageurs
 
Une fois que cette fine observation des parcelles a été prise en compte grâce aux outils numériques, les agriculteurs peuvent également s’unir pour être accompagnés, échanger sur des problématiques communes :
  • Farmleap est un CETA numérique qui analyse et compare les performances et permet de progresser grâce à l’intelligence collective. Une fois le boîtier fixé au matériel agricole, le boîtier enregistre presque tout à la place de l’agriculteur et regroupe toutes les interventions effectuées ou à venir sur une même plateforme pour une meilleure gestion du parcellaire. Des groupes d’échange de pratiques permettent d’échanger avec d’autres agriculteurs, d’être accompagnés de conseillers mais aussi identifier leurs marges de progrès.
  • L’application AgriCommunity qui géolocalise et partage aux agriculteurs voisins, membres de la communauté, la présence de maladies ou insectes dans une parcelle. Elle permet ainsi à l’agriculteur d’être plus réactif dans sa prise de décision pour lutter contre les nuisibles des cultures et de diminuer l’utilisation des produits phytosanitaires.